Mardi 30 mai 2006
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23:57
Bon, ça fait longtemps que je n'avais rien publié, par flemme ou par manque de contenu allez savoir, mais mieux vaut tard que jamais. Ce mois de Mai au Chili, c'est le mois de la protesta, la manifestation la plupart du temps assez mouvementée. J'en suis à ma quatrième du mois, donc j'estime enfin pouvoir synthétiser tout ça.
La première fut involontaire: vous arrivez en cours la bouche en coeur pour développer vos photos, un beau matin de pseudo hiver ensoleillé, et là on voud dit que le labo est fermé, puisque la fac est occupée par les étudiants depuis dix minutes, réclamant sans cesse un dû qui nous parait bien commun: la réduction des frais de scolarité, voire la gratuité de l'éducation publique (mais bon pour ça il va falloir attendre les calendes grecques, ou le fantôme de Jules Ferry, ou l'arrestation de Pinochet: dans tous les cas, ça parait improbable...).
Vous sortez donc de votre fac, et là la curiosité et le besoin de contenu pour un article vous pousse à rentrer dans la barricade formée juste devant la porte avant votre arrivée. En discutant quelque temps dans cette ambiance très cagoulée mais bon enfant, on vous apprend que les "pacos/CRS en plus violents" arrivent dans... et pas le temps à notre inconnu en cagoule de finir sa phrase que vous tombent du ciel un demi-douzaine de grenades lacrymogènes, accompagnée de la charge des fameux pacos. Ici, bien qu' involontairement entrainé dans ce mouvement fort animé, vous n' avez d'autre choix que de mettre votre pull sur la bouche et le nez, afin de ne pas suffoquer. Ensuite, vous vient l'envie de vous frayer un passage par derrière, ne pas faire le malin avec un sac mlein de produits chimiques destinés au développement des photos, mais qui pourrait vous faire passer pour terroriste étranger aux yeux d'un représentant de l'ordre comme toujours mal éclairé. Afin de sortir de la barricade, vous vous emparez d'une de ces lacrymos afin de la dégager rapidement, pas sur vos camarades bien sur, mais plutôt sur les forces de l'ordre protégées pour recevoir ce type de projectiles. La voie libre, vous pouvez enfin vous dégager du pugilat pour vous réfugier dans un bus direction la baignoire pour se laver les yeux. Toujours est-il que l'expérience en vaut la peine, et témoigne de la violence de certaines manifestations au Chili. Vous vous demanderez: mais pourquoi tant de violences qui ne font rien avancer?
La deuxième fut volontaire, mais de moins grande ampleur: une manifestation de soutient aux prisonniers politiques mapuches, en grêve de la faim puisque condamnés par un tribunal militaire sous Pinochet, jugement jusqu'ici pas encore révisé. Une manifestation fort pacifique partant de la ex-carcel jusqu'au congrès, de quatre-vingt personnes environ, riche de musique et de bonne humeur. Celle-ci vite transformée en colère, du fait de l'arrestation pour "insultes" d'un sémillant excité de la manif. Alors les pacos vous disent: "allez plus loin, et on vous le rend". Ce qui montre la difficultés de ces candides gendarmes à coopérer avec toute forme d'expression libre d'opinions politiques. Un phénomène qui vient peut être d'une formation pas si lointaine dans un régime quelque peu brun? Une idée de plus venant corroborer la thèse de la violence volontairement entretenue.
La troisième fut la plus instructive: le 21 Mai, fête de la bataille d'Iquique, mais surtout jour du discours présidentiel de politique générale, et des contestations de la société civile. En arrivant tardivement sur les lieux, avec la rue nettoyée parfaitement à l'aide des guanacos, camions anti-émeute dotés de lance à incendie, on se rend compte que deux individus restent enfermés dans deux magazins, soigneusements entourés par nos sémillants pacos. de ces deux magazins sortirons avec le visage caché deux prétendus terroristes ayant déclenché les incidents en jetant des grenades lacrymogènes sur les forces de l'ordre, entrainant une répression éclair de la manifestation, jusque là très pacifique et controlée par les services d'ordres internes. Il est clair que les casseurs sont dans toute manifestation, même la plus pacifique, mais pourquoi alors protéger ces deux personnes et non les arrêter sur le champ comme n'importe qui? Pourquoi leur cacher le visage alors que la loi anti-terroriste impose de le montrer? Pourquoi enfin ces deux personnes ne sont jamais arrivées au comissariat de police?
J'ai sû peu après que les terroristes en questions ont été identifiés par les organisations syndicales comme des agents infiltrés d'une organisation similaire a notre DST, la ANI, qui en plus de n'être jamais arrivés au comissariat ne sont jamais revenus à leur travail, ni à leur cellule syndicale, disparus, déménagés, etc....
Cela pose donc le problème de la liberté d'expression dans le pays qualifié il y a peu par notre véreux président d'"exemple de démocratie au sein de l'amérique latine", si réellement ces violences sortent de terroristes organisés lanceurs de bombes lacrymos, plus dangereuses pour le manifestant lui même que pour le sémillant paco; ou de l'Etat lui même, qui ferait de celui-ci selon sa propre loi un état terroriste? Peut-être Bachelet devrait réviser ses services secrets non-dépinochetisés, et leur donner une apparence moins sale que celle de notre propre pays en cet instant....
Enfin, la quatrième fut ce matin, autre manifestation pour l'amélioration de l'éducation, des lycéens cette fois-ci, pacifique et enthousiaste, et de plus résultante... Peut être cela vaut-il la peine de s'exprimer au Chili et que les violences sont d'une autre génération, ou peut-être il est plus difficile d'infiltrer des gamins de 15 ans dans les manifestations? La question reste ouverte...
Sur ce, ciao, et à la prochaine
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